La belle au bois dormant

Pauvre petite princesse Aurore, maudite par une vilaine sorcière le jour de son baptême, et qui est destinée à se piquer le doigt à un rouet avant de dormir du sommeil des morts et d’être réveillée par le baiser d’un prince charmant… La belle Aurore est le personnage le plus fade de l’histoire. Mais du côté des gentils, il y a trois irrésistibles bonnes fées (Flora, Pimprenelle et Pâquerette) qui passent leur vie à se disputer et à tenter de fabriquer une robe ou concocter un gâteau, sans avoir recours à la baguette magique.La belle au bois dormant Le résultat est, bien sûr, catastrophique mais inénarrable de drôlerie. Côté méchants, la sorcière maléfique et les «damnées» créatures (style méchant corbeau ou dragon tonitruant) qui l’entourent ne craignent ni la surcharge, ni l’emphase dans le cynisme et la cruauté. Elles finiraient même par vous foutre vraiment la trouille si elles n’étaient pas aussi séduisantes de perversité. Un régal !

Deux

Depuis «Les ripoux», Zidi s’offre un passionnant virage de cinéaste. Après «Association de malfaiteurs» qui était bien plus qu’une simple comédie policière, Zidi va encore plus loin avec «Deux» et joue franchement la carte du dramatique. Marc (Depardieu) rencontre Hélène (Maruschka Detmers). Il est organisateur de concerts et compositeur de musique contemporaine. Elle est directrice d’agence immobilière. Lors de la visite d’une maison, ils se sentent attirés l’un vers l’autre. Mais se dire «Je t’aime» n’est pas si facile. Ils vont s’infliger des blessures, se cacher derrière des phrases à l’emporte-pièce et installer entre eux une relation amoureuse… difficile. Zidi a construit son film comme un chanté deux voix et a fait appel à l’écrivain Catherine Rihoit pour écrire le scénario de «Deux», pour mettre en place et inclure dans une réalité son histoire d’amour. Le résultat peut quelque peu exaspérer par quelques tendances à la sophistication abusive et par un certain manque de simplicité. Mais c’est la première fois que Zidi filme une histoire d’amour. Et le film est une très agréable surprise. Se mettant à l’écoute de ses deux comédiens (parfaits d’émotions et de justesse), le cinéaste montre une étonnante sensibilité.

La vie est un long fleuve tranquille

La vie est un long fleuve tranquilleL’épopée des Groseille et des Le Quesnoy a remué en profondeur la France de 88. Ce fut le succès-surprise de l’année. De la part d’Etienne Chatiliez, réalisateur de pub branché, on s’attendait à tout sauf à cette comédie à rebours de la mode, cette plongée dans la province profonde, dans ce Nord moins fréquenté par le cinéma que la Côte d’Azur ou l’Ile-de-France. C’est donc à Bapaume (c’est-à-dire nulle part, eût dit le père Ubu) que vivent en s’ignorant les Groseille, prolos mécréants alcoolos, et les Le Quesnoy, bourgeois cathos bien élevés. Mais voilà : douze ans plus tôt, par dépit amoureux, une infirmière a interverti deux bébés. Un petit Le Quesnoy se retrouve chez les Groseille, et inversement. Suite à la révélation, ils réintègrent leur «vraie» famille. On imagine la situation ! Et c’est ainsi que les Groseille et les Le Quesnoy sont entrés dans la légende, avec le curé chantant (ineffable Patrick Bouchitey), la bonne enceinte jusqu’aux yeux (géniale Catherine Jacob), et tous les autres… Toute la France s’est reconnue en eux, c’est un signe.

Les cigognes n’en font qu’a leur tète

Les cigognes n'en font qu'a leur tèteMarie et Jérémie ont décidé d’adopter un enfant. Mais s’il ne s’agissait que d’en vouloir un pour être comblé, la tâche serait trop facile. Le couple se heurte à l’incompréhension manifeste de l’administration. Médecins, psychologues et autres enquêteurs de la DASS semblent s’être concertés pour réduire à néant les chances du couple. Marie rencontre alors Joanna, une jeune fille paumée dont le fiancé est en prison. Décidée à se faire avorter, elle se laisse convaincre de garder son enfant. Elle en fera don au Couple quand il sera né. On ne peut pas dire que le retour inespéré de Marlène Jobert à la pellicule soit des plus réussis… Le scénario alléchant de Didier Kaminka s’essouffle à mi-parcours. Le film est très inégal, mais d’actualité. Il a toutefois le mérite de nous faire retrouver l’irrésistible Roland Giraud, ainsi que Patrick Chesnais («La lectrice») pour une composition amusante et sans prétention. Marlène Jobert parvient — difficilement — à tirer son épingle du jeu. Elle s’en sort ‘quand même grâce à son charme inaltérable.

Beetlejuice

De la folie à l’état pur, du grand spectacle fantastique. «Beetlejuice», de Tim Burton (le réalisateur de «Batman»), est une petite merveille d’invention, de fantaisie, d’humour et d’émotions en tout genre. Grâce à Warner Vidéo, nous entrons dans un univers hanté par des créatures cauchemardesques et des monstres répugnants. Due «Beetlejuice » soit avec nous…

BeetlejuiceRéglons tout de suite un sort à l’histoire. Adam et Barbara Maitland habitent une antique et pittoresque maison au cœur du Connecticut. Jeunes mariés, ils mènent là une vie paisible et heureuse. Un rocambolesque accident va brusquement les faire rejoindre le royaume des esprits. Pour sauver la vie d’un chien errant, ils font une chute mortelle. A leur grand étonnement, ils continuent, tels des fantômes, à occuper leur charmante demeure sans pouvoir en sortir, sous peine d’être dévorés par l’infâme serpent des sables. Après quelques semaines, leur maison est envahie par une riche et bruyante famille new-yorkaise qui transforme le havre de paix en galerie d’art avant-gardiste Scandalisés. Adam et Barbara décident de déloger les intrus Leurs sortilèges, puisés dans le folklore classique des fantômes, laissent les occupants de marbre. Après une entrevue avec leur «conseillère post-mortem», ils se décident à faire appel à un «bio-exorciste» freelance : Beetlejuice. Pour faire venir ce farceur exubérant, vulgaire, et lubrique, Il suffit de prononcer trois fois son nom… Le héros de cette saga fantastique est interprété avec grand talent par Michael Keaton. Connu pour ses prestations comiques («Mr Mom», «Gung Ho», «Man hattan loto»), il est aujourd’hui apprécié dans le monde entier pour son rôle de Batman dans le film réalisé par Tim Burton, qui le met déjà en scène dans ce « Beetlejuice ». Il est également à l’affiche, en ce moment, avec l’excellente comédie réalisée par Howard Zieff, «Une journée de fous». A ses côtés, on découvre une série d’acteurs aux visages plus que connus. Il y a d’abord Alec Baldwin, que nous n’avons pas manqué d’apprécier pour ses rôles dans le feuilleton «Côte Ouest», mais aussi et surtout dans «Veuve… mais pas trop» avec Michelle Pfeiffer et, plus récemment, dans «Talk radio» d’Oliver Stone. Sa compagne de «Beetlejuice» est la charmante Geena Davis (voir galerie d’actrices dans notre numéro d’été) qui a joué les séductrices dans «Tootsie» et dans «Transylvanie 6 500» avant de succomber elle-même aux avances de «La mouche» (elle est la femme de Jeff Goldblum dans la vie) et du «Voyageur malgré lui», alias William Hurt. La famille infernale qui envahit la maison des Maitland est composée de Jeffrey Jones («Amadeus», «La folle journée de Ferris Bueller», «The Hanoi Hilton» et, encore inédit, le prix spécial du jury au Festival de Cognac, «Without a clue» avec Michael Caine et Ben Kingsley), de Catherine O’hara («Afterhours», «La brûlure») et de la ravissante Winona Ryder. Cette jeune comédienne — elle est encore au lycée — a été découverte dans «Lucas» et «Square dances, et est devenue une grande vedette pour son rôle de la femme de Jerry Lee Lewis dans «Great halls of fire», aux côtés de Dennis Quaid. Tout ce petit monde est donc dirigé par Tim Burton, que son récent «Batman» a propulsé au zénith de la profession. Il a signé son premier long métrage, «Pee Wee’s big adventure», à vingt-six ans, après avoir réalisé une série de courts métrages très appréciés. Son «Beetle juice» est une grande réussite en ce qui concerne la mise en images, la prestation des acteurs, mais aussi en ce qui concerne les effets spéciaux. «Les techniques les plus diverses ont été utilisées pour ce film, confie Alan Munro, le responsable de la partie. Nous avons mélangé des effets spéciaux novateurs avec des effets traditionnels, utilisés depuis les débuts du cinéma.» Et le résultat est époustouflant. Effets visuels, monstres en tout genre, décors fantasmagoriques et maquillages démentiels (un Oscar à la clé), tout y est pour déstabiliser le spectateur ébahi. Ce «Beetle juice», conte macabre et démoniaque, bénéficie en plis, telle la cerise sur le gâteau, d’un sens de l’humour dévastateur. De quoi mettre en appétit les auditeurs de Skyrock qui voudront en savoir plus en écoutant les nombreuses émissions qui font la part belle à ce Coup de cœur. Il ‘ne nous reste plus qu’à prononcer la fameuse formule : Beetle juice, Beetle juice, Beetle juice…

Non, je m’y suis tout de suite senti à l’aise. Ce qui a été dur, c’est de jouer en anglais. J’ai du d’abord apprendre la prononciation correcte de mon texte et le mémoriser parfaitement pour ne plus avoir à y penser au moment du tournage. Heureusement, j’avais un «coach» chargé de vérifier l’académisme de mon anglais.

Peter GreenawayPeter Greenaway a coutume de dire que seuls le sexe et la mort l’inspirent. Retrouve-t-on ces deux thèmes dans «Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant» ?

Bien sûr, ils sont étroitement mêlés. Comme, par exemple, dans la scène où le couple fait l’amour dans un garde-manger au milieu de cadavres de gibier. Mais c’est aussi un film sur la corruption, l’avilissement des belles choses par l’argent et la vulgarité du fric. C’est un film dévastateur dont la philosophie est extrêmement violente. Cruelle même. Difficile d’en dire plus car tout se passe à un niveau émotionnel. Il est certain que ce film va déranger certains spectateurs. On, aime ou on déteste, mais, quoi qu’il arrive, on ne ressort pas indemne du «Cuisinier…». Une chose est sûre, il ne passera jamais à 20 h 30 sur une chaîne de télévision.

Quel est votre personnage ?

Je suis le cuisinier d’un grand restaurant où se déroule pratiquement tout le film. Le voleur vient y dîner tous les jours. Et c’est dans ce restaurant que sa femme retrouve son amant, avec la complicité passive du cuisinier. En fait, le cuistot reste en retrait de l’action : son seul problème est de faire de la bonne cuisine. Il observe ce qui se passe autour de lui, mais sans vouloir y prendre une part active. C’est le témoin de l’histoire qui n’agit qu’à son corps défendant. J’ai l’impression que l’on retrouve de nombreux aspects de la personnalité de Peter Greenaway dans le personnage du cuisinier. C’est quelqu’un qui voit comment sont réellement les hommes, mais qui ne veut pas, ou ne peut pas, les changer.

Peter Greenaway a déclaré récemment qu’il aimait écrire les scénarios et monter ses films, mais qu’à l’inverse, le tournage à proprement parler l’ennuyait beaucoup. Avez-vous ressenti un tel désintérêt de sa part?

Je pense qu’il a dit cela par provocation. Je l’ai trouvé, au contraire, concentré à l’extrême, attentif aux moindres détails. D’ailleurs, le résultat le prouve. La réalisation du «Cuisinier…» est brillante et, esthétiquement, je crois que, c’est une réussite. Pourtant, le tournage n’a duré que huit semaines, avec un petit budget. Nous avons tourné dans un très vieux studio anglais, comme quoi c’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes.

Quelles ont été les réactions, à la sortie du film, en Grande-Bretagne ?

Excellentes! Les critiques anglais, qui n’appréciaient pas beaucoup Greenaway auparavant, ont adoré. Je pense qu’ils ont été séduits par le côté «strange» du film.

Avez-vous envie de tourner à nouveau avec un réalisateur étranger?

Bien sûr. Je dois, en principe, tourner dans le prochain film de David Lean. Je dis en principe, car la décision définitive dépend de sa santé (David Lean est né en 1908. Il a, entre autres, réalisé «Le pont de la rivière Kwaï», «Lawrence d’Arabie» et le «Docteur Jivago»). Vu son âge, les assurances refusent, pour l’instant, de couvrir le tournage. J’espère que tout va se débloquer, car le scénario, tiré d’un roman de Conrad, est fabuleux. C’est tellement beau que Marlon Brando a déclaré avoir envie de jouer dans le film.

Être invité à travailler avec des metteurs en scène étrangers renommés, cela doit faire plaisir…

Oui, d’autant plus que je me sens quelque peu boudé par «l’establishment» du cinéma français. A part Jean-Pierre Mocky et Michel Deville, je reçois peu de propositions de réalisateurs français confirmés. J’aimerais beaucoup tourner avec des gens comme Pialat, Claude Miller ou Jean-Jacques Annaud, pour ne citer qu’eux. Mon souhait est que ces auteurs, qui pour moi ont énormément de talent, écrivent un jour un rôle pour Richard Bohringer. Comme le fait en ce moment Jean-Loup Hubert, qui songe à réunir Gérard Depardieu et moi-même dans son prochain film: Sinon, je suis très souvent sollicité pour tourner des premiers films. Si je dois entrer un jour dans une encyclopédie cinématographique, je souhaite que l’on retienne que j’ai participé à des œuvres de metteurs en scène peu ou pas connus, qui sont devenues ensuite des films qui ont marqué une génération. Je pense à «Diva», «Subway» ou «Le grand chemin».

Mais tous les films ne connaissent pas un tel succès. Tourner avec des débutants, c’est un risque important pour un acteur…

Il ne naît pas un grand réalisateur chaque matin. En revanche, tous les jours quelqu’un a envie de faire un film. Les acteurs ont beau être vigilants, ils se trouvent parfois embarqués dans des aventures qui n’apportent rien à personne. Lorsqu’un film va être raté, on le sait tout de suite. Dès la première prise, je sais si nous faisons du bon travail ou pas. Personne, et surtout pas moi, n’est à l’abri d’un mauvais choix, et un film qui t’échappe… c’est très grave. Il y a plein d’acteurs magnifiques qui ont disparu à cause de ça, Terence Stamp, par exemple…

Le montant du cachet influence-t-il vos décisions ?

Avec des amis, j’ai fait le calcul de tout ce que j’aurais pu gagner si ma conduite avait été basée sur le profit. Je serais, aujourd’hui, bien plus riche et je n’aurais pas de soucis pour l’avenir de ma petite famille. Mais les films que l’on m’a proposés étaient des merdes. Pour les tourner, il aurait fallu que j’ai un très grand mépris du public. Ce n’est pas mon cas. L’argent est, d’ailleurs, un vrai problème dans notre métier. On rejoint là une idée du film de Greenaway : le fric, si l’on n’y prend pas garde, peut tout pourrir. Aujourd’hui, le cinéma est souvent aux mains de marchands du temple, pour qui le 7e art est un moyen de s’enrichir. Gros profits, petits films! De même, il faut absolument rendre à nouveau le cinéma accessible à tous. Le prix des places doit baisser. Un film doit être une gourmandise que chacun peut s’offrir quand ça lui chante. Pour le moment, c’est un luxe, et les spectateurs ne vont voir que des films qui font l’objet de beaucoup de publicité. A 40 francs la place, ils ne prennent pas de risques. On prive ainsi le public d’œuvres un peu moins commerciales.

La pièce « L’Ouest le vrai » a été un énorme succès. Avez-vous de nouveaux projets pour le théâtre ?

Non, malheureusement. Faire du théâtre, c’est grisant, mais aussi extrêmement contraignant. Lorsque l’on commence une pièce, il est impossible de savoir combien de temps on va la jouer. J’ai des souvenirs fabuleux de « L’Ouest le vrai». Avec Roland Blanche, nous partions parfois dans de sublimes improvisations. Un soir où nous n’étions pas bons, j’ai fait semblant de m’évanouir pour arrêter le massacre : nous avons joué deux fois le lendemain, deux superbes représentations. C’était toujours la même pièce et pourtant, à chaque fois que nous montions sur scène, c’était différent. Dans une petite ville de province, il y avait tous les notables au premier rang. La pièce, a commencé, et je les entendais papoter. «Tu as vu, machin s’est acheté une nouvelle voiture…». Je me suis arrêté et j’ai dit : «Stop, ce n’est pas un .salon ici». Nous avons repris la pièce au début et nous avons fait un véritable triomphe, à cause de la tension que mon coup de gueule avait provoquée.

Quel souvenir gardez-vous d’«Après la guerre» (qui doit sortir en vidéo (Montparnasse/Delta) avant la fin de l’année)?

C’était mes retrouvailles avec Jean-Loup Hubert, un excellent réalisateur, très attaché à l’authenticité de ses films. «Après la guerre» a moins bien marché que «Le grand chemin», mais je suis persuadé que c’est un très beau film que l’on redécouvrira plus tard. Cela reste aussi un grand moment d’émotion pour moi : ce rôle du soldat allemand m’a rapproché de mon père. Lors qu’il a rencontré ma mère, c’était pendant la dernière guerre et il était dans l’armée allemande. Nous nous sommes ratés dans la vie… Je l’ai revu peu avant sa mort, et je lui ai offert ce rôle.

Vous êtes perçu par le public comme quelqu’un de très accessible, qui est resté proche des gens. Le succès ne peut pas vous changer ?

Je reste très conscient de ma chance. Beaucoup d’acteurs ont l’impression que tout leur est dû parce qu’ils ont réussi. Réussi quoi? Je ne vis pas dans une tour d’ivoire. Quand je vois des gens qui triment pour fabriquer des voitures qu’ils ne pourront jamais s’acheter, ça me révolte. Faut pas déconner quand même. Les gens ont le droit de vivre décemment. On se moque souvent des prétendus beaufs qui partent avec leur caravane le même jour en vacances. Mais s’ils passent toute l’année dans un placard, on peut concevoir qu’ils veuillent aller respirer l’air pur au plus vite. Il faut être humain et comprendre la détresse des autres.

N’avez-vous pas peur d’être taxé de démagogie ?

Beaucoup de mes confrères acteurs pensent que je ferais mieux de m’occuper de mes affaires. J’essaie seulement d’avoir une attitude morale. Je dis ce que je pense, c’est tout. Je n’ai pas la prétention de changer quoi que ce soit.

Vous regrettez que les acteurs ne prennent pas plus souvent position ?

Non, c’est vraiment un problème personnel. Mais je suis souvent consterné par le manque de profondeur de certains comédiens. Je ne citerai personne et, de toute façon, ce ne sont pas les meilleurs. J’ai été sur un tournage à l’étranger où un acteur n’a pas vu autre chose que le plateau et son hôtel. Comment peut-il prétendre ensuite faire passer des émotions s’il n’a pas le désir d’aller un tout petit peu vers les autres?

Votre franc-parler doit faire peur à certains réalisateurs…

C’est sûr que certains ont pu avoir quelques craintes et préférer ne pas faire appel à moi. Pourtant, je suis -plutôt un acteur docile. Lorsque je m’énerve, c’est pour les besoins du film, et non pas pour satisfaire mon ego.

Êtes-vous tenté par la mise en scène ?

J’ai, depuis longtemps, un film dans la tête que j’aimerais offrir aux acteurs que j’aime, comme Roland Blanche ou Christophe Malavoy. Un film drôle et blues à la fois. Mais pour réaliser un long métrage, il faut une force intérieure colossale. Il faut diriger l’équipe de techniciens, prendre soin des acteurs, négocier avec la production… Je vais laisser mûrir ce projet quelque temps. J’ai réalisé récemment des «portraits» de villes en vidéo. Sur la base d’une fiction, je traverse des villes en m’attardant sur des endroits que l’on ne voit jamais d’habitude. J’ai déjà tourné à Londres et à Fez. Il est prévu que ces films de 26 minutes passent prochainement sur La 5.

Vous multipliez les activités parallèles. Animateur radio, chanteur, écrivain… Vous ne craignez pas de vous disperser au détriment de votre carrière d’acteur?

Au contraire, toutes ces occupations sont complémentaires et m’apportent un équilibre… relatif. Avec la radio, j’ai l’impression de pouvoir toucher les gens chez eux, de manière très intime. Je pense souvent aux personnes seules et j’ai l’impression de pouvoir leur apporter un peu de réconfort. C’est important pour moi. L’écriture me permet de sortir mes tripes. Je suis vraiment fier de l’accueil qu’a reçu «C’est beau une ville la nuit». Cela m’incite à continuer et à travailler sur un deuxième bouquin.

Cela veut-il dire que vous pourriez quitter un jour le cinéma sans aucun regret?

Sûrement, mais ce n’est pas pour demain. J’ai encore beaucoup d’envies à assouvir. J’aimerais beaucoup tourner avec Nastassja Kinski, par exemple. Mais ce qui passe vraiment avant tout, c’est ma famille. Je ne sacrifierai jamais ma «blonde» et mes enfants au plus beau rôle jamais écrit.

Richard cœur de lion

Richard BohringerRichard Bohringer est l’un des acteurs les plus précieux du cinéma français. « Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant» de Peter Greenaway en salles et «Après la guerre» de Jean-Loup Hubert en vidéo (Montparnasse/Delta) dans quelques semaines, une double actualité pour un acteur au double visage. Portrait-interview par Antoine Davot et Nicolas Georgieff.

En 1980, après des années de doutes et de routes, de délires et de dérives, la chance sourit enfin à Richard Bohringer. «Diva», de Jean-Jacques Beineix, l’extirpe de l’obscurité qu’il affectionne pour le placer sous les feux de la popularité : la gueule de baroudeur de Bohringer intrigue. La vie n’a pas été tendre pour luiet les cicatrices de son visage sont autant extérieures qu’intérieures. Cynique, romantique, désabusé sont autant d’étiquettes que l’on s’empresse, à tort, de lui coller. Des rôles superbes de salauds («J’ai épousé une ombre», «L’addition») achèvent de brouiller les cartes. Au fil du temps, la carapace s’ouvre pour laisser couler un torrent de générosité, auparavant dissimulée. «Le grand chemin» lui apporte la consécration du public, qui se double de la reconnaissance des professionnels (César du premier rôle masculin). Le chemin paraît tracé. Mais Richard décide alors d’emprunter une voie de traverse. Il poursuit la rédaction de «C’est beau une ville la nuit», qui devient un bestseller. «Écrire relève de l’espérance», dit-il. C’est presque une profession de foi, Bohringer vit d’espoir. Sa soif d’absolu l’amène à ouvrir sa gueule quand cela ne lui plaît pas. Ce côté Don Quichotte, qui exaspère les propriétaires de moulins à vent, attire la sympathie du public qui se reconnaît en lui. Son périple, cette fois, a conduit Richard Bohringer outre Manche pour tourner sous la direction du sulfureux Peter Greenaway («Meurtre dans un jardin anglais», «Le ventre de l’architecte», «Drowning by numbers»). Une rencontre troublante qui a donné naissance au «Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant», une œuvre passionnée qui secoue les tripes.

Nous ne sommes plus qu’à quelques encablures du troisième millénaire, et tout le monde se demande ce que sera demain. En matière d’audiovisuel, on peut penser que les satellites navigueront par dizaines au-dessus de nos têtes pour diffuser de nombreux programmes venus du monde entier. En attendant l’avènement de la haute définition, et donc du téléviseur à écran plat avec résolution parfaite, les appareils actuels nous donnent déjà de belles satisfactions. De nombreux fabricants ont répondu au besoin technique et… social. Le cocooning fait la part belle au cinéma à domicile et ce n’est pas MTT .qui s’en plaindra. Pour déguster les divers programmes proposés (audio et vidéo), on peut aujourd’hui disposer d’un matériel de pointe à un prix assez raisonnable. Dans ce cadre, le concept de la «chaîne audiovisuelle» fait merveille. Pouvoir relier chaîne hautefidélité (avec lecteur CD), téléviseur, magnétoscope et, désormais, lecteur CDV est le nouvel atout de cette fin des années 80. Bien entendu, le téléviseur reste l’élément central, le «récepteur» idéal. Comme nous le ferons de temps à autre, nous allons ici mettre en avant une gamme de produits susceptibles de combler les vidéophiles les plus exigeants. Ce mois-ci, nous mettons l’accent sur la nouvelle série de téléviseurs lancée récemment par Pioneer.Pioneer En avant-goût, et pour confirmer cette notion de chaîne de l’image, signalons la naissance de la télécommande Control Unit Pioneer. Celle-ci permet de mémoriser jusqu’à quinze fonctions provenant d’une autre télécommande audio ou vidéo. C’est le cerveau de l’ensemble des téléviseurs regroupés sous l’appellation série I (comme intelligente, of course). Conçus dans un double souci d’esthétique et de performances de haut niveau, ces nouveaux modèles, d’une finition noire et lisse, sont montés sur pieds dorés ou argentés. Au programme, trois appareils (55, 63 et 70 cm d’écran teinté) qui bénéficient des dernières trouvailles en matière de technologie : syntoniseur digital, recherche automatique des canaux, son spatial stéréo, commutation Canal + réelle, sortie audio à niveau variable, technologie CTI (Colour transient improvement) pour la définition d’image, etc. Bien sûr, ils sont tous aux standards Pal Sécam, élément indispensable à l’heure actuelle, et l’on peut compléter un de ces modèles par le nouveau magnétoscope VR535, haut de gamme aux multiples fonctions, à découvrir d’urgence (5 790 francs). Les produits de la gamme I sont, eux, vendus à un prix plus que correct, en l’occurrence 5 790 francs pour le SV 21 (70 cm), 6 490 francs pour le SV 25 (63 cm) et 6 990 francs pour le SV 28 (70 cm). Vous savez tout (ou presque), il ne vous reste plus qu’à tester ces modèles chez votre revendeur préféré. On en reparlera en l’an 2 000…

Nous avons été, dans la profession, les premiers à rougir de stupeur. Un éditeur spécialisé dans le hard pur et dur, subtilement intitulé Métal X, se lance à corps perdu dans la commercialisation de séries B nocturnes et bizarres, toutes caractérisées par une réalisation d’enfer et un sujet hors du commun. Comment ne pas se réjouir d’un tel revirement, d’autant que le chef de file de ces nouveaux programmes n’est pas vraiment le fait d’un inconnu puisqu’il s’agit d’«Invasion Los Angeles», réalisé par John Carpenter, qui met en scène la bien curieuse aventure d’un certain John Nada. Adepte du bodybuilding et ouvrier sans emploi, il décide de se rendre à Los Angeles pour trouver un job sur un chantier. Sans logement, il finit par échouer dans une espèce de «zone» où se lamentent des centaines d’hommes dans sa situation. Tout à fait par hasard, il se rend compte d’un étrange trafic de lunettes d’un genre bien particulier. En effet, elles permettent de détecter l’existence d’un monde parallèle peuplé d’extraterrestres au visage complètement écorché, quasiment squelettiques, dont le seul but est de dominer le monde et de s’approprier toutes les richesses de la planète. On le constatera, l’histoire n’est pas neuve malgré l’incisive trouvaille des lunettes qui disent tout. Seul le traitement du réalisateur lui confère une grande originalité.John Carpenter Précisons que John Carpenter a eu, dans le domaine du fantastique, sa grande heure de gloire. Il s’est fait les griffes avec «Dark star» (Delta) en 1976 et «Assaut» (RCV) en 1974, tous deux toujours très prisés des cinéphiles. Mais c’est avec «Halloween» (en français «La nuit des masques», disponible chez Warner) qu’il a explosé réellement. En réactualisant le psycho killer, il a réussi à en faire un véritable mythe. A meilleure preuve, voyez les innombrables séquelles de cet unique petit bijou. Dans la foulée, il réalisera deux films très intéressants, aux scénarios qui peuvent surprendre, «Fog» et «New York 1997» (tous deux chez Warner). Puis en 1982, il tournera «The thing» (CIO), un remake du film homonyme d’Howard Hawks, et enchaînera, l’année suivante, avec «Christine» (GCR), d’après un roman de Stephen King. Ces deux films ayant remporté un vif succès aux USA, et malgré le semi-échec de «Starman» (GCR) tourné avec peu de moyens, les producteurs décideront alors de confier à Carpenter un budget conséquent. Il mettra trois ans à peaufiner le scénario et multipliera les repérages pour tourner enfin «Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin» (CBS Fox). Et ce sera l’échec, le ratage, le chaos. Personne ne suit cette histoire qui mêle le merveilleux, l’aventure et la bande dessinée. Alors, finis les gros sous alloués sans compter, adieu les superproducs qui gaspillent les milliards! Big John mettra deux ans à s’en remettre. Mais l’avenir prouvera qu’il est davantage fait pour les scénars speedés, tournés à la va-vite, que pour les grosses machineries à la Spielberg. «Prince des ténèbres» (Vestron), qu’il réalisera en 1987, est une petite merveille de cinéma gothique, atroce et foncièrement méchant. «Invasion Los Angeles» (en anglais «They live», disponible chez Partner and Partner) concrétisera le style de Carpenter, sec et infiniment dépouillé. Parmi les autres sorties de ce nouveau label, signalons «Evil alter» (l’autel du Diable), «Transmutation», «Le treizième étage» et «The unnamable», d’après Lovecraft. Souhaitons longue vie à cet éditeur, et pour tout renseignement, téléphonez au 45 25 15 58 ou au 42 89 43 17.

TVA à la baisse

Lors du Conseil des ministres du 6 septembre dernier, le gouvernement a annoncé la baisse du taux majoré de la NA de 28% à 250/o. Plusieurs secteurs sont concernés, parmi lesquels les appareils photos et caméras, la parfumerie, l’industrie automobile, les cassettes vierges et les cassettes vidéo préenregistrées. Si l’on sait déjà que les cassettes érotiques et pornographiques auront également leur taux de TVA réduit le 31 décembre prochain, on ignore encore de combien…

Antarès opéras

A.T. Productions propose, à la location et à la vente (prix indicatif : de 169 à 179 francs), la collection Opéra qui, pour chaque œuvre présentée, comprend son livret complet. Évoquons quelques titres piochés au hasard dans ce catalogue fort riche. «Eugène Oneguine », «Don Juan», «Boris Godounov», «Le prince Igor», «La dame de pique», et j’en passe. Signalons également la sortie, chez Proserpine, de deux pièces classiques, «Théodore» de Corneille et «Bajazet» de Racine, et de «Village People en concert». Comme ça, tout le monde sera content.

Loubards rigolards

Frank MargerinFrank Margerin ne se contente pas de sortir régulièrement des albums, il dessine à droite et à gauche des histoires complètes. Ca va du strip en trois ca ses au récit en quatre planches. Tout ceci éparpillé dans diverses publications que le fan désespère de réunir. Alors, il l’a fait lui-même. On retrouvera dans ce recueil ses bonshommes à gros nez, ses loubards rigolards et affreux jojos, avec leur langage hilarant et, toujours dissimulé dans un coin au fond d’une case, un gag désopilant. C’est la récompense pour le lecteur attentif : du Margerin, ça se déguste! «Y’a plus de jeunesse», par Margerin, Éditions l’Echo des Savanes Albin Michel, 55 francs.

La mémoire d’Hollywood

De 1930 à 1960, un quotidien, The Hollywood Reporter, s’imposa comme le reflet implacable et souverain de l’industrie du cinéma. Tichi Wilkerson et Marcia Borie ont eu la bonne idée de regrouper, dans un gros et beau livre, quelques-uns des meilleurs articles de ce journal. Décidément, on se rend compte que la réalité d’Hollywood est davantage passionnante que sa légende. Ce pavé se dévore comme un palpitant polar. Surtout que le prix ne vous arrête pas (149 francs) vous n’aurez pas tous les matins l’occasion de partager la vie de Jean Harlow, Marlène Dietrich, Lauren Bacall, Ronald Reagan, et bien d’autres. Cette merveille est éditée par Ergo Press, qui prône un éclectisme des plus exigeants puisque, outre une collection Casting composée de monographies de comédiens (Christophe Malavoy et Sabine Azéma, déjà parues, Dominique Sanda et Richard Berry, à paraître), Ergo Press propose également un thriller grand format signé William Diehl, «Thai horse» (89 francs), et l’autobiographie de Nigel Mansell, intitulée «Challenge» (79 francs).

Erratum

Dans notre dernier numéro, nous annoncions la sortie de «L’ours» en vidéo, à la location, chez Fil à Film. En fait, ce film était disponible à la vente directement. Nous prions nos lecteurs, ainsi que l’éditeur, de nous excuser de cette involontaire erreur.

Le Who’s Who de la presse

Pour la sixième année consécutive, Edinove vient de faire paraître «Le guide des relations de presse 89». Cette bible constitue un irremplaçable instrument de travail pour les professionnels de la communication tous azimuts. En effet, les secteurs les plus divers y sont répertoriés, depuis la mode, les banques et les ambassades jusqu’aux syndicats du spectacle et aux institutions des douze pays de la CEE, en passant par les universités et écoles, et bien d’autres encore. Cet outil permet à tous et à toutes, grâce à un index extrêmement clair, de savoir, en deux secondes et sans perte de temps, qui appeler dans n’importe quel domaine. Un aide quotidien et indispensable (269 francs).

L’homme aux 1000buts

PeléL’incroyable Pelé enfin en vidéo. Cette nouvelle réjouira tous les fous de foot, d’autant que cette passionnante cassette, éditée par Vidéofilms, révèle toutes ses techniques, qui ont amené le Brésil aux plus grandes victoires de 1958 à 1974. Ce film regroupe également les meilleurs moments des trois Coupes du monde remportées par le Brésil sous le règne de Pelé. Virgin prépare aussi, pour la fin de l’année, une cassette consacrée à ce roi du ballon rond.

Viva Berlusconi

BerlusconiDepuis le 13 septembre, Berlusconi a enrichi son groupe, Fininvest, d’une branche vidéo, la Pentavidéo. Elle s’appuiera sur les structures de production, de distribution cinéma et télévision, d’édition et de publicité du groupe. Les premiers titres proposés relèvent du haut de gamme avec «Faux semblants» de Cronenberg, «The glass menagerie» de Newman, « Bye bye baby» et «Voleurs de savonnettes» de Nichetti, primé au dernier Festival de Moscou. La distribution dans les vidéoclubs sera assurée par Vivividéo et par la maison d’édition Rizzoli Corriere della Sera. Berlusconi envisagerait une distribution directe au grand public par le biais de la chaîne de magasins Standa, dont il est propriétaire…

Sony absorbe Columbia

ColumbiaLe géant de l’électronique japonais Sony a pris le contrôle de Columbia à la fin du mois de septembre. Moyennant la coquette somme de trois milliards de dollars, la méga firme ajoute à ses récentes acquisitions (CBS l’an passé) l’une des plus importantes maisons de production cinématographique mondiale. Une réorganisation du management de Columbia est à prévoir. On chuchoterait le nom de Peter Guber pour succéder à Victor A. Kaufman. Le producteur de «Batman» et de «Rain man» a été longtemps l’associé de Walter Yetnikoff, dont Sony a soutenu les productions depuis 1987. Mais au moment où nous bouclons, rien n’est encore décidé. Alors, motus…

Rossif en cassettes

Frédéric Rossif a confié à la société Vidéon l’édition d’une série de cassettes consacrée à la vie animalière. Parmi les premiers titres, signalons «Les animaux sont une fête», sur la folie des bêtes, «Les animaux du bout du monde», «Rythme africain», «Le peuple des ailes», «L’eau et les animaux». Distribués par les Éditions Montparnasse, ces films sont disponibles au prix de 99 francs l’unité dans les Fnac et les grandes surfaces. Frédéric Rossif prépare aussi une série sur des thèmes qui lui sont également chers : la philosophie et la peinture. Heureuse initiative…

Le complot de Dick Rivers

Dick RiversLe rock mène à tout, et ce n’est pas le chanteur Dick Rivers qui nous contredira. Il vient d’écrire, pour les Éditions N°1, un polar drôle et musclé, dans la bonne tradition des meilleurs romans policiers américains. Son héros, Ray Gallant, est un fou de jazz et de belles bagnoles qui enquête sur une série d’accidents de voiture pour le moins bizarres, puisqu’ils touchent aussi bien James Dean, Buddy Holly, Eddie Cochran, Elvis Presley et Chuck Berry, pour ne citer que les plus connus. Le dénouement ne manque ni de piquant ni de pittoresque, et par son style, gageons que Dick Rivers n’en restera pas à ce coup d’essai, puisque c’est déjà un coup de maître (98 francs).