Extraterrestres et lunettes noires pour John Carpenter

Nous avons été, dans la profession, les premiers à rougir de stupeur. Un éditeur spécialisé dans le hard pur et dur, subtilement intitulé Métal X, se lance à corps perdu dans la commercialisation de séries B nocturnes et bizarres, toutes caractérisées par une réalisation d’enfer et un sujet hors du commun. Comment ne pas se réjouir d’un tel revirement, d’autant que le chef de file de ces nouveaux programmes n’est pas vraiment le fait d’un inconnu puisqu’il s’agit d’«Invasion Los Angeles», réalisé par John Carpenter, qui met en scène la bien curieuse aventure d’un certain John Nada. Adepte du bodybuilding et ouvrier sans emploi, il décide de se rendre à Los Angeles pour trouver un job sur un chantier. Sans logement, il finit par échouer dans une espèce de «zone» où se lamentent des centaines d’hommes dans sa situation. Tout à fait par hasard, il se rend compte d’un étrange trafic de lunettes d’un genre bien particulier. En effet, elles permettent de détecter l’existence d’un monde parallèle peuplé d’extraterrestres au visage complètement écorché, quasiment squelettiques, dont le seul but est de dominer le monde et de s’approprier toutes les richesses de la planète. On le constatera, l’histoire n’est pas neuve malgré l’incisive trouvaille des lunettes qui disent tout. Seul le traitement du réalisateur lui confère une grande originalité.John Carpenter Précisons que John Carpenter a eu, dans le domaine du fantastique, sa grande heure de gloire. Il s’est fait les griffes avec «Dark star» (Delta) en 1976 et «Assaut» (RCV) en 1974, tous deux toujours très prisés des cinéphiles. Mais c’est avec «Halloween» (en français «La nuit des masques», disponible chez Warner) qu’il a explosé réellement. En réactualisant le psycho killer, il a réussi à en faire un véritable mythe. A meilleure preuve, voyez les innombrables séquelles de cet unique petit bijou. Dans la foulée, il réalisera deux films très intéressants, aux scénarios qui peuvent surprendre, «Fog» et «New York 1997» (tous deux chez Warner). Puis en 1982, il tournera «The thing» (CIO), un remake du film homonyme d’Howard Hawks, et enchaînera, l’année suivante, avec «Christine» (GCR), d’après un roman de Stephen King. Ces deux films ayant remporté un vif succès aux USA, et malgré le semi-échec de «Starman» (GCR) tourné avec peu de moyens, les producteurs décideront alors de confier à Carpenter un budget conséquent. Il mettra trois ans à peaufiner le scénario et multipliera les repérages pour tourner enfin «Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin» (CBS Fox). Et ce sera l’échec, le ratage, le chaos. Personne ne suit cette histoire qui mêle le merveilleux, l’aventure et la bande dessinée. Alors, finis les gros sous alloués sans compter, adieu les superproducs qui gaspillent les milliards! Big John mettra deux ans à s’en remettre. Mais l’avenir prouvera qu’il est davantage fait pour les scénars speedés, tournés à la va-vite, que pour les grosses machineries à la Spielberg. «Prince des ténèbres» (Vestron), qu’il réalisera en 1987, est une petite merveille de cinéma gothique, atroce et foncièrement méchant. «Invasion Los Angeles» (en anglais «They live», disponible chez Partner and Partner) concrétisera le style de Carpenter, sec et infiniment dépouillé. Parmi les autres sorties de ce nouveau label, signalons «Evil alter» (l’autel du Diable), «Transmutation», «Le treizième étage» et «The unnamable», d’après Lovecraft. Souhaitons longue vie à cet éditeur, et pour tout renseignement, téléphonez au 45 25 15 58 ou au 42 89 43 17.

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