Le coup de l’autruche

La musique est restée la même. Mais l’idée s’est affinée, jouant sur le souvenir qu’on gardait forcément des deux films précédents. Le premier se passait sur un bateau, le second dans une benne de téléphérique. «On se fait un petit caprice ?» proposait la superbe créature au héros. Et l’heureux homme chassait d’importuns témoins en hurlant au naufrage («On coule !») ou en actionnant une manette d’évacuation («Terminus !»). Le couple se retrouvait seul à déguster son «Caprice des dieux, caprice à deux.» Un plaisir qui ne se partage pas. Difficile de trouver une suite à ces deux petits chefs-d’œuvre. L’agence BDDP voulait profiter de la complicité qui s’était installée entre le produit et le spectateur (les premières notes de la mélodie servent à elles seules de signe de ralliement), mais la saga était trop jeune encore pour qu’on pût broder dans l’ellipse ou se cantonner au clin d’œil. Le directeur artistique Antoine Belteur et le concepteur-rédacteur Bruno Lacoste (un couple inséparable et déjà mythique dans l’anthologie de la pub : Hachette, Michelin, 1664…) ont donc décidé de conserver exactement l’idée initiale, mais de la faire glisser vers la farce, le «nonsense» des Britanniques. Ils ont demandé à Jugnot de filmer le tout. Le héros est, cette fois, maître nageur, veillant sur un troupeau de corps avachis sur la plage. La femme est en maillot, masque et tuba, grimpe à l’échelle, propose son caprice. «Grand concours d’autruches !» hurle le maître nageur dans son porte-voix. Et la foule —très Bronzée — s’enfouit avec ravissement la tête dans le sable. Les figurants ont été trouvés sur place. La naïade à Paris. Pour le maître nageur, le choix fut plus délicat. Il fallait quelqu’un de musclé sans l’être trop, avec surtout le front bas et borné des surfeurs californiens. Les postulants français étaient ventrus ou culturistes, les Mexicains n’avaient pas l’air assez obtus. On trouva enfin la bête à Los Angeles. Tout était prêt pour le tournage, les trous creusés dans le sable. Manquait une chute au film. Barthuel et Lacoste, avec la modestie des très grands, chargèrent Jugnot de l’imaginer. A la fin, perchée sur la chaise du maître nageur, la jeune femme entreprenante baisse la tête, comme une petite chatte soumise. Elle a remonté son masque sur ses cheveux, on a envie de la serrer contre soi. Pas le champion de natation. Tirant un peigne des confins de son caleçon, il vérifie dans le reflet du masque que son front n’a pas bougé.

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