Miguel Bosé : l’hidalgo européen

Miguel BoséOui, Miguel Bosé est espagnol. Non, son répertoire n’est (Dieu merci) nullement composé de « Para bailar la bamba », « Cucurrucucu » et autre « Guantanamera » à endormir un régiment de punks bataves. La pop music made in Spain peut swinguer drôlement bien et Miguel en est la preuve vivante. Véritable idole dans son pays, en Italie et en Amérique du Sud, sa popularité n’a curieusement pas franchi les frontières hexagonales, malgré la sortie de quelques albums dont l’un contenait une superbe chanson, « Mas alla» composée par Jean-Paul Dréau. Aujourd’hui, ce relatif incognito français risque bien de s’estomper grâce à « Lay down on me », qui fait également l’objet d’un superbe clip réalisé par la même équipe qui a signé les dernières vidéos de Basia, Curiosity Killed the Cat et Terence Trent d’Arby notamment. Le résultat se révèle à la hauteur des ambitions du chanteur : sophistiqué, intrigant et classieux. Ne recourant à aucun effet facile et loin de tout racolage, les réalisateurs du clip réussissent à mettre en valeur le chanteur et la chanson, au lieu de se rabattre sur le côté « pin-up boy » de mise. Question clips, Miguel n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il en a déjà tourné plusieurs auparavant dont deux, originaux en diable, furent mis en scène par Andy Warhol en 1984. De la vidéo au cinéma, il n’y a d’ailleurs qu’un pas que Miguel a franchi depuis quelques années. Digne fils de la plus-que-sublime Lucia Bosé, il a déjà tourné dans une bonne douzaine de longs métrages italiens et espagnols. Et c’est dans « Sahara » que nous le verrons en septembre dans le rôle d’un cheik du désert avec, à ses côtés, Mathilda May. Hormis la chanson elle cinéma, Miguel possède d’autres cordes à son arc, telles que d’authentiques dons littéraires et journalistiques que les Espagnols ont pu apprécier lors de la parution, il y a huit ans, d’une série d’articles dans un hebdomadaire. Abordant des thèmes aussi divers que la ville de Madrid et des rapports d’amour et de haine qu’il entretient avec elle ou des personnages constituant son univers d’alors, ces chroniques douces-amères laissent entrevoir une personnalité et une sensibilité suffisamment riches pour ne pas se confiner au seul tour de chant et aux déclarations traditionnelles destinées à la presse du cœur (la fameuse et terrifiante « prensa del corazon » omniprésente en Espagne). Occupant une position singulière dans l’échiquier du showbiz latin. Miguel est peut-être l’un des premiers chanteurs véritablement européens à se distinguer à l’aube des années 90. Pas seulement parce qu’il chante ses chansons en espagnol, anglais et italien (à ce propos, qu’il nous soit permis de préférer les versions espagnoles de ses tubes, plus personnelles et originales que les adaptations volontiers conventionnelles effectuées dans la langue de Shakespeare). Non, son « européanisme » réside plutôt dans une ouverture d’esprit qui lui a permis d’assimiler plusieurs cultures puis de les restituer habilement dans ses chansons qui peuvent ainsi prétendre au public le plus large possible. Au moment où la France découvre les films d’Almodovar et fait un triomphe aux romans du Colombien Garcia Marquez, il serait plus que dommage qu’elle passe à côté de ce « Swinging conquistador » aux mille facettes qu’est Miguel Bosé.

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